Quelques jours de vacances au milieu des montagnes de la Drôme Provençale m’ont permis de réfléchir un peu à mon sujet favori : les idées de Jean-Marie Le Pen et son influence sur le débat de la pré-campagne présidentielle.
D’abord ses idées.
Je dis ses car visiblement sa principale conseillère en communication politique, Marine Le Pen, essaye désespérément d’en atténuer le contenu et la portée. Je dis idées car ce serait une faute de considérer que Le Pen ne fait qu’éructer des concepts fumeux : il défend des idées ancrées en lui depuis 50 ans de vie politique et partagées par un certain nombre des citoyens votant pour lui.
Jean-Marie Le Pen essaye d’être plus prudent dans ses propos, Marine y veille. Mais parfois les convictions du chef déborde encore du politiquement correct et, mises bout à bout, font froid dans le dos. Je vous propose un exemple de cohérence du discours de Le Pen qui n’a pas été relevé dans les médias car cela concerne des déclarations faites à 2 ans d’intervalle. En janvier 2005, dans un entretien avec le journal d’extrême droite Rivarol, le patron du FN déclare "En France du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés". Et d’ajouter: "Si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins comme l’affirme la vulgate, il n’y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques".
En février dernier, il déclare à l’occasion de la mort de Maurice Papon et au sujet de la polémique de son enterrement avec la médaille de la Légion d’Honneur (dont l’ancien sous-préfet de Bordeaux fut déchu) : « les faits reprochés à Maurice Papon ne sont pas de sa responsabilité mais de celle de la puissance occupante ». Je cite de mémoire, mais ces propos entendus à la télévision m’ont particulièrement frappé.
En rapprochant les deux déclarations on peut tirer deux hypothèses sur ce que veut signifier Jean-Marie Le Pen. Hypothèse haute : les faits reprochés à Maurice Papon –mais de la responsabilité de la puissance occupante selon son analyse- sont considérés comme pas particulièrement inhumains. Hypothèse basse ( !) : les faits reprochés à Maurice Papon –mais toujours de la responsabilité de la puissance occupante- sont des bavures inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés. Voire un détail ?
Je rappelle que Maurice Papon a été convaincu de Complicité de crime contre l’humanité et condamné à 10 ans de détention. De là à conclure que le crime contre l’humanité n’est pas particulièrement inhumain…je vous laisse assimiler le paradoxe. Et si vous pouviez en discuter calmement avec des citoyens français votant Front National et me faire un retour de leur position à ce sujet, ca m’aiderait à différencier ses partisans qui y croient vraiment de ceux qui sont simplement protestataires.
Maintenant, l’influence du FN sur le débat de la pré-campagne présidentielle.
Tous les médias, tous les commentateurs politiques, la plupart des hommes/femmes politiques vous le disent : la fameuse lepénisation des esprits est en marche. Autrefois Jean-Marie Le Pen expliquait qu’il disait tout haut ce que les autres pensaient tout bas. Maintenant que d’autres disent la même chose que lui sur de nombreux sujets et que 18% des électeurs ont voté pour lui en 2002, le leader du FN se vante d’avoir eu raison avant tout le monde.
Et comme il est admis que les esprits des électeurs sont lepenisés, toute analyse qui amènerait à dire que ce ne serait pas un scandale que M. Le Pen n’ait pas les 500 signatures serait une provocation anti-démocratique et une insulte aux citoyens votants. Si, Si, même Jean-Pierre Raffarin (sur Europe 1 hier soir) considère que M. le Pen fait partie de la vie politique française et qu’il a le droit de défendre ses idées au même titre (!!) que Mme Voynet a, elle, a bien le droit de défendre les éoliennes !
Bon ! Alors préparez-vous à lire quelques lignes qui pourraient passer pour un déni de la démocratie. J’assume.
Pour se présenter à l’élection présidentielle, il faut 500 signatures d’élus appartenant à un collège (maires, députés,…) de plus de 45 000 personnes. Soit un peu plus de 1%. Dit comme cela, la barre n’est pas si haute et les propositions de ramener ce seuil à 300 ou 200 sont d’un populisme achevé. Les noms des élus parrainant les candidats sont publiés au journal officiel. Et c’est ce qui ferait hésiter les élus qui souhaiteraient parrainer Jean-Marie Le Pen…Un odieux complot anti-FN fomenté par l’établissement qui mettrait la pression à 45 000 personnes ! Encore un coup du lobby judéo-maçonnique ! Je pense pour ma part que ce seuil de 500 parrainages est une bonne chose (personnellement je le pousserais à 1 000 par provocation !) et qu’il est un verrou de notre République pour éviter des candidatures farfelues (il y en a) ou dangereuses (il y en a aussi). Le fait que M. Le Pen ait ou pas les 500 signatures n’est pas un indice de la bonne ou de la mauvaise santé démocratique de notre pays : c’est la règle du jeu.
Commencer à discuter de la règle du jeu au moment de jouer, c’est encourager la victimisation des mauvais joueurs et oublier le seul terrain important où il faut se battre : celui des idées qui forgent la politique.
Commentaires