Habituellement je préfère la radio à la télévision. D’abord parce que la radio ne vous rend pas esclave : vous pouvez faire autre chose en l’écoutant. Ensuite quand vous n’avez que le son, vous êtes plus attentif au contenu du message. Et si vous avez quand même besoin d’images, votre esprit est libre de les créer, rien ne vous est imposé.
Pourquoi je vous parle de cela au fait ? Ah oui : la soirée électorale du second tour, hier, à la télé. J’étais devant, je regardais. Pas pour connaître les résultats : d’abord le suspens était très mince, et en plus il n’y en avait plus depuis 18h30. Les sites internet des grands journaux suisses ou belges ont publié les premières estimations plus d’une heure et demie avant les médias nationaux.
Non, je suis resté devant ma télé car petit à petit des images s’imprimaient littéralement au fond de mes yeux. En me couchant vers minuit, je me disais que cela allait passer. Mais non, ce matin encore ces images persistaient. Fidèles à ce que j’en ai perçu sans doute mais fidèles à la réalité ?
L’image de Ségolène souriante et toujours en lévitation bien qu’elle ait perdu.
L’image des éléphants roses aiguisant leurs couteaux, déjà tirés. Ségolène devrait avoir peur, ils n’ont pas l’air aimables.
L’image des lieutenants du nouveau Président, s’obligeant à garder leur calme et à ne pas afficher trop franchement leur satisfaction. Le poids des nouvelles responsabilités sur leurs épaules, disent-ils.
L’image, quand même, de Renaud Donedieu de Vabres, exultant, qui qualifie l’opposition de « poil à gratter » du pouvoir. Ce qui en dit long sur son envie de construire avec ceux qui ne sont pas de son avis.
L’image des principaux représentants du PS qui implorent les électeurs de ne pas donner la totalité des pouvoirs à la droite lors des législatives. Et si le PS se décidait plutôt à travailler pour être meilleur que la droite ? Cela les aiderait à gagner des élections, sans avoir à compter sur la faiblesse de l’adversaire.
L’image de notre nouveau Président promettant l’ouverture au centre voire à gauche. L’ouverture au centre, je vois à peu près pourquoi : couper l’herbe sous le pied de François Bayrou et l’isoler avant les législatives. Mais à gauche ? A part Bernard Tapie et Eric Besson…
L’image de tous ces policiers assurant le cordon de sécurité autour du nouveau Président
L’image des 3 jeunes supporters de Nicolas Sarkozy -Sixtine, Pierre-André et Paul je crois- inondés de sueur et de joie partisane. Mais –à première vue- peu concernés par le devenir de la classe ouvrière. Surtout à Neuilly. L’ouverture n’est pas encore totale.
L’image de ce jeune sympathisant socialiste, dépité et perdu, qui lâche à la camera « J’ai honte d’être français ». Celui là il n’a rien compris : comment avoir honte d’être citoyen d’un pays républicain et démocratique –certes largement perfectible dans ses institutions – qui vient d’élire son nouveau président de 52 ans à 53% avec seulement 15% d’abstention ?
L’image de Patrick Balkany, un gros cigare à la bouche, entrant dans le restaurant le Fouquet pour rejoindre la petite fête de Nicolas Sarkozy. Monsieur le Président une question (virtuelle j’en conviens, la probabilité que vous lisiez ce blog est relativement très faible) : Patrick Balkany est-il représentatif de cette nouvelle manière de faire de la politique que vous nous promettez ?
L’image enfin… non pardon ce n’est pas une image mais un son entendu à la radio. Et ce n’était pas hier soir, mais ce matin sur France Inter. Le son donc d’un journaliste qui lance son papier par un tonitruant « Ce matin la France se retrouve coupée en deux ». C’est très con comme phrase. La France n’est pas coupée en deux : elle vient de se donner un Président.
Les vieux modèles de pensée, ceux qui rassurent et évitent de devoir faire des efforts, persistent.
Sommes-nous repartis pour 5 ans de clivage à tous les étages ?
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